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L'Ultra Trail : Un monde Hallucinant !

Rédigé par ALLIX Franck

La privation de sommeil a été et est toujours utilisé comme un moyen de torture. De là à dire que les ultra trailers sont masochistes, il n’y a qu’un pas. Depuis 30 ans, beaucoup d’études se sont intéressées aux effets de la privation de sommeil sur notre organisme, et ils sont très nombreux. Leurs nombres et intensité augmentent avec la durée. Tout d’abords, c’est l’humeur qui se dégrade ; l’individu devient irascible, irritable, et alterne euphorie et dépression. A ces troubles succèdent une instabilité psychomotrice et des difficultés à fixer son attention. Puis viennent les troubles visuels : le sujet voit les objets flous, avec des halos de lumière, ils changent de forme, le sol ondule et les lumières clignotent. Si la privation se poursuit plus de 2 jours, les phénomènes hallucinatoires surgissent. Après une mise en doute, le sujet croit ce qu’il voit. Suivent les troubles somesthésiques et auditifs. A ce stade la pensée se désorganise, la parole se ralentit, les phrases ne vont pas à leur terme, le discours est illogique. De plus le sujet devient amnésique et perd ses repères spatio-temporaux. Le temps peut lui sembler très long ou au contraire très court. Pour le trailer, ces effets sont accélérés en raison de l’activité physique qui engendre une fatigue périphérique mais aussi centrale importante.

Alors que faire pendant la course ?

Cela dépend du temps de course. Si on arrive reposé au départ on doit pouvoir tenir entre 24 et 30 heures sans dormir. Mais si on ressent une grosse fatigue ou si le temps de course est supérieur, il va falloir dormir. L’idéal, adopté la méthode des micro-siestes réparatrices avec des règles précises établies au départ comme celle de dormir 20’. Une autre possibilité et de dormir en marchant ou sur son bâton quelques brefs instants salvateurs. En préparation mentale, on appelle cela le cheminement des possibles, c’est-à-dire la capacité à rester disponible pour toute éventualité non programmée.

Les sommeils polyphasiques reculent l’apparition des phénomènes hallucinatoires. Mais là aussi, si le temps de pause n’est pas suffisant, les hallucinations peuvent arriver, les arbres se penchant sur votre passage pour vous encourager !

Récit d’un coureur du Tor des Géants (350 kms, 24 000 mètres de dénivelé +) : « Nous sommes en pleine nuit noire, nous venons juste de nous restaurer à Niel et nous repartons Jojo et moi, pour l’ascension du Col Lasoney. Nous en sommes à plus de 180 Kms et 13 000 mètres de dénivelé dans les jambes. Les conditions se dégradent, la fatigue s’accumule (4heures de sommeil en 60 heures de cours) l’esprit se perd dans les méandres de l’irréel. Je marche à un bon rythme sur une pente au pourcentage moyen, les jambes répondent présent. Jojo, derrière moi pose sa tête sur mon dos, je crois qu’il cherche à déconner pour me faire avancer plus vite. Je me retourne et là je m’aperçois qu’il dort ou au moins qu’il est entre le sommeil et le rêve. Je l’interroge, il baragouine quelques mots totalement incompréhensibles. Je décide de le laisser se reposer ainsi. C’est étonnant, cela dure que quelques minutes mais il arrive à gravir la pente, bute parfois sur des rochers mais jamais ne tombe. Il avance tel un zombie sans connexion mais il avance. Au bout d’une bonne demi-heure d’ascension, Jojo est à nouveau en possession de ses moyens. A mon tour je me sens entrer dans un monde irréel. J’ai l’impression de ne plus souffrir de la nuit, ni de la pluie, ni du froid. J’ai chaud. Mes yeux sont gonflés de fatigue. Les distances, les reliefs me semblent difficilement mais joyeusement imperfectibles. Et là au milieu de nulle part, à plus de 2000m, sur un GR perdu au milieu des montagnes, perché en haut d’une énorme roche, je vois une 4Ljaune, celle des postiers d’antan. Ses phares sont comme deux yeux qui s’étonnent de me trouver là et sa calandre me sourit. J’interpelle Jojo quelques mètres devant moi « T’as vu la 4L ? » lui dis-je, effaré. Il me répondra sans être plus étonné que cela « On va faire une pause Trooper, t’es plus là !» Aujourd’hui j’en ris chaque fois que j’en parle, mais quelle expérience étrange et déroutante ! Aujourd’hui encore je suis persuadé qu’elle était là. Mais après avoir discuté avec beaucoup de participants, il s’avère que je serai le seul à l’avoir croisée….. Vivement la prochaine, c’était une expérience….euphorisante ! »

Alors à tous les trailers, je vous souhaite de faire de beaux rêves………

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